L'ALBUM DE CATHERINE JAVALOYES

Du côté de mon père, la famille Galiana… ils dégustent la fameuse anisette locale.

La famille et les voisins …un pas de porte à Oran.

Dans l’encadrement de la porte ma tante Antoinette, la raie au milieu, l’aînée de cinq enfants.

Ma mère, Françoise née en 1928 est en bas à droite, debout en robe blanche. Ma grand-mère, femme imposante et très généreuse, est juste derrière elle. Il y a des oncles de ma mère assis avec leurs enfants. Deux cousines assises tout devant. Des voisins à l’arrière. Assis à côté de ma mère, elle s’appuie sur sa cuisse, Malik, français musulman converti au catholicisme pour pouvoir se marier avec sa tante. Les mariages mixtes étaient rares. Il fait exception pour le bonheur de tous.

Des gens d’origine assez modeste, même si mon grand père était contremaître, ma grand mère dépensait tout en s’occupant de la famille et souvent des voisins.

Les tablées étaient immenses, gaies, généreuses.

Mon frère Jean-Pierre sur un rocher. La ville d’Oran à l’arrière. Il a 7 ou 8 ans.

En fouillant dans mes albums photos, j’ai retrouvé les photos de classe depuis l’année 1954 jusqu’à 1960. J’ai retrouvé les copains de mon enfance, ceux avec qui je partageais les jeux. Et par curiosité, je me suis mis à compter les élèves ‘’musulmans’’. Ils étaient au grand maximum 5, sur des classes de 25 approximativement. Sur la photo de 1956, figure un copain d’alors, plus âgé que moi de 1 ou 2 ans. Il s’appelait Lahouari et habitait non loin de la rue Arago. C’était aussi mon garde du corps car il aimait bien la castagne. En 1957, il a disparu de la photo de classe alors que l’école était déjà obligatoire. Pourquoi ? Il semble que la famille ne considérait pas l’école comme essentielle, qu’elle avait besoin de bras pour des tâches domestiques ou pour aider les aînés –car il était issu d’une famille nombreuse selon ce que j’avais entendu à la maison et vu de mes propres yeux. 

A droite une photo de moi prise à Cazères, près de Toulouse où nous avons ‘débarqué’ avant de nous fixer en Alsace.

Arrivée à Marckolsheim en juillet 1962 après l’indépendance de l’Algérie

J’ai à peu près 2 ans. Nous vivions dans des « algecos » (habitations préfabriquées), qui constituaient la cité EDF. Mon père travaillait à EGA (électricité et gaz d’Algérie). Il a été muté à Selestat.

La première année en France, je ne me souviens pas bien de ma mère, elle était bien déprimée et se cachait pour pleurer. J’ai passé une enfance heureuse au milieu des poules et des lapins.

Une scolarité heureuse aussi. Mes parents ont fini par s’attacher à l’Alsace.

Mon père nous a emmené poursuivre nos études à Montpellier ensuite pour retrouver soleil et mer…

Mon frère Jean -Pierre, ma sœur Eliane née en 57 et moi née en décembre 59. Sur le balcon.

Les immeubles de l’ensemble De Lattre de Tassigny où nous vivions : on voit l’ensemble des immeubles sauf celui où nous habitions. Ce sont pour l’époque, des constructions modernes aux allures futuristes. Les tours se dressent vers l’Est et le Sud de la ville.

Oran, ce dont mon frère, né en Janvier 1950, se souvient…

Oran c’était les terrasses de café remplies de clients à l’heure de l’apéro, qui buvaient l’anisette et dégustaient les kémias (les tapas, pardon, les amuse-gueules) ; c’était une cacophonie permanente où le verbe se portait haut, où les conversations se mêlaient aux rires et aux cris des marchands ambulants -arabes pour la plupart – qui exerçaient tous les petits métiers imaginables – rémouleurs, vitriers, marchands de fruits, cireurs de chaussures, portefaix-…

C’était des odeurs spécifiques et entremêlées de poissons, brochettes, poivrons grillés, d’épices. C’était et c’est toujours la calentica (flan de pois-chiches) et la mouna (brioche sucrée en forme de dôme ou de couronne) pendant les fêtes de Pâques, les grandes réunions de famille autour d’une table…une gastronomie particulière qui réunissait l’Afrique du Nord, l’Espagne et la France.

C’était les squares et jardins, rares et seuls endroits ombragés, c’était aussi des ribambelles d’enfants qui investissaient l’espace public et pratiquaient des jeux qui n’existaient nulle part ailleurs.

C’était un saisissant contraste entre modernité et archaïsme où se côtoyaient le style vestimentaire européen et les habits traditionnels (le haïk ou voile blanc des femmes et le burnous des hommes), les voitures et les carrioles tirées par un âne ou encore les charrettes à bras.

Oran, c’est la présence entêtante, étouffante du soleil, les plages de sable fin vers l’ouest de la ville, derrière la montagne du Murdjajo, lieux de villégiature privilégié des Oranais.

Oran c’était, c’est toujours, l’exaltation du plaisir, le royaume de l l’hédonisme dont Albert Camus a tiré une partie de sa philosophie.